« Rondeau » de Jean Cartan, 1928

Kaëlig Boché, ténor et Thomas Tacquet, piano

Prise de son et mixage Alice Ragon

Vivre encore après la mort de sa bien-aimée ? ou mourir à son tour.

Dans ce Rondeau (forme poétique courte du Moyen-Age), le poète s’exprime contre la cruauté de la Mort qui est venue lui prendre sa bien-aimée. Il se trouve face à ce dilemme: mourir à son tour ou ne vivre que de tristes souvenirs. À la fin de chaque strophe, Fançois Villon assène la «Mort» comme un refrain aux tonalités pourtant différentes, avec point d’interrogation d’abord et point d’exclamation pour finir qui marque avec force l’altérité incompréhensible et absolue de la Mort. Jean Cartan met en musique remarquablement cette progression de l’interrogation jusqu’à la résignation.

Mort, j’appelle de ta rigueur,
Qui m’as ma maîtresse ravie,
Et n’es pas encore assouvie
Si tu ne me tiens en langueur :

Onc puis n’eus force ni vigueur ;
Mais que te nuisoit-elle en vie,
Mort ?

Deux étions et n’avions qu’un cœur ;
S’il est mort, force est que dévie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par cœur,
Mort !

François Villon
(Recueil : Le testament)