« C » de Francis Poulenc, 1943

Kaëlig Boché, ténor et Thomas Tacquet, piano

Prise de son et mixage Alice Ragon

L’écho des temps révolus en appel à la résistance.

Le poète Aragon livre en plein cœur de la guerre cet appel poignant de résistance. En effet, l’écho médiéval de ces vers est le prétexte pour une véritable injonction de conscience à préserver l’Histoire et la Culture de la France. Au moment où le récitant « traverse » la Loire dans la commune des Ponts-de-Cé vers la France libre, il lui revint en mémoire les morcellements d’une antique chanson qui devient au fur et à mesure du texte le théâtre de l’horreur et de l’innommable mais aussi d’un espoir. Poulenc nous livre ces bribes, ces découpages de sentiments nombreux qui habitent la pensée du locuteur. Que faire ? Comment agir ? Devoir survivre mais devoir résister… Que restera-t-il ensuite ?

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé
C’est là que tout a commencé

Une chanson des temps passés
Parle d’un chevalier blessé,

D’une rose sur la chaussée
Et d’un corsage délacé,

Du château d’un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés,

De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée,

Et, j’ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées.

La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées,

Et les armes désamorcées,
Et les larmes mal effacées,

Oh ! ma France ! ô ma délaissée !
J’ai traversé Les Ponts-de-Cé.

Louis Aragon, les Yeux d’Elsa, 1942